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La camionnette blindée avançait à vive allure sur les vieux tronçons routiers recouverts d'éclats de rochers tombés des falaises et de débris d'asphalte fissuré. Le bruit entrainé résonnait contres les proies des collines rocheuses, provoquant un étrange sentiment de présence hostile chez la faune locale. C'est cependant un tout autre sentiment que ressentaient les opérateurs de la FIM Omega 5 qui se trouvaient dans le véhicule. Ce sentiment était celui du stress naturel ressenti avant une opération.

"Encore un peu plus d'une heure les gars !" cria le chauffeur au volant.

Chaque homme présent dans le camion tentait d'éviter à sa façon de penser au choses qui pouvaient l'attendre. Toutefois ces façons d'oublier l'inquiétude étaient quelques peu similaires pour chaque soldat ; tous les opérateurs trituraient leurs fusils d'assaut. Tous sauf un, qui triturait son arme de poing.
Ce cliquetis métallique secondé par le bruit de la route étouffait pratiquement tout les bruits naturels, comme le chant des oiseaux et le sifflement du vent ce qui rendait l’atmosphère encore plus pesante.

Grégoire remarqua qu'un des membres de son équipe ne faisait pas ou plus de mouvement répétitifs avec son arme et paraissait pensif. Il connaissait l'homme ; c'était un des plus anciens membres opérationnels de la FIM. Souvent de plus jeunes coéquipiers l'appelaient respectueusement "le vétéran" ou "l'ancien". Ce dernier était d'un âge que certains estiment plafonner à la cinquantaine. Toujours en bonne forme physique maintenue par une quantité considérable d'exercices et un mental inbrisable, taillé par l’expérience.
Grégoire commençait à s'ennuyer et décida finalement d'engager une conversation avec l'homme. Il se leva et marcha vers une place libre à côté du vétéran, qui occupait la banquette opposée.

Grégoire n'était pas jeune non plus. Avant de rejoindre les Joailliers il faisait partie de la force d'intervention mobile Delta 4, aussi connue sous le surnom de Safari time. Il avait lui même acquis énormément expérience et de compétences en matière de combat durant plus de dix ans de service. Sa passion militaire lui a tracé un chemin jusque à l'unité des chasseurs de saphirs, bien que lui même ne sait point comment.

"L'ami, tu pense à quelque chose d’intéressant ? Si c'est le cas je partagerais bien volontiers ta réflexion." engagea Grégoire.

"Le passé, Greg, le passé. A chaque fois que je pars en mission, je me remémore ce que j'ai déjà fait et à ce qui me reste à accomplir" répondit sans hésitations le vétéran.

"— Tu en as fait beaucoup, d'interventions ?

— Argh que j'en ai fait des opérations ! Et j'en ferai encore autant qu'il faut pour exterminer ces fous furieux ! Ils butent des gens gratuitement juste parce que ils ne croient pas en dieux. C'est clairement un bel argument pour remplir une église pleine à craquer de monde avec des explosifs à retardement. Ou encore incinérer un temple avec tout ce qui s'y rapporte.
Mais le pire dans tout cela ce n'est ni l'idéologie ni le terrorisme en soi, ce sont les hommes qui en tuent d'autres par fanatisme. Le pire c'est bien ce fanatisme. Mais après le fanatisme, il y a ceux qui y adhérent. Et aujourd'hui, ils le déversent sur des têtes innocentes."

Grégoire fut surpris par l'aisance de son camarade à faire peser les bons mots. Il se contenta d'hocher la tête.

— Je vais te raconter une de mes premières opérations avec les joailliers.

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